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Livre De brique en brique

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Stéphane a lu le livre "De brique en brique" (édité par Muttpop en Mai 2014) et nous livre ici une présentation et son avis.

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Parmi tous les ouvrages publiés sur le thème de la brique, seule une fraction d’auteurs s’intéressent aux secrets de Billund.

L’auteur

C’est le cas de David C. ROBERTSON, surnommé « professeur LEGO » dans le milieu universitaire (par ailleurs, je vous conseille la visite de son site web,  http://www.robertsoninnovation.com/) : ce spécialiste du management et de l’innovation a enseigné à l’IMD de Lausanne au début des années 2000.

Dans la préface, le lecteur apprend qu’il a notamment eu un accès unique aux dirigeants de l’entreprise LEGO depuis 2007, à l’occasion d’une étude de cas sur les efforts des entreprises en matière d’innovation.

Le livre

Ses travaux rencontrent un succès immédiat auprès des étudiants, si bien qu’il décide d’y consacrer un ouvrage entier. Cinq ans plus tard, au terme d’une dizaine de voyages à Billund et à partir d’une approche méthodologique fondée sur l’interview (des cadres, designers et même de l’illustre Kjeld Kirk Kristiansen), le produit fini tient en 336 pages illustrées et rassemblées sous le titre De brique en brique : comment LEGO a réécrit les règles de l’innovation et conquis l’industrie mondiale du jouet.

Pour répondre à cette question, l’auteur adopte un plan en deux parties : les trois premiers chapitres sont consacrés aux sept vérités de l’innovation et au déclin du groupe LEGO, puis les chapitres suivant visent à maîtriser les sept règles d’or de l’innovation et de la transformation de LEGO.

Dans le détail, les chapitres 1 à 3 remontent aux origines de la création de LEGO jusqu’à la perte de contrôle de la production, survenue entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Les chapitres 4 à 5 définissent un modèle d’innovation, illustré à partir de la renaissance de la gamme LEGO City. Enfin, les chapitres 6 à 11 mettent en pratique cette innovation avec des exemples de réussites (Bionicle et Mindstorm) mais aussi d’échecs instructifs (LEGO Universe).

Mon avis

Les travaux de David ne manquent pas de points forts. Tout d’abord, il vulgarise très bien sa discipline universitaire, rendue accessible au lecteur novice : en effet, l’ouvrage est par exemple accompagné d’un index très pratique pour la consultation des chapitres (page 95 pour les AFOLS). En outre, son livre s’appuie très largement sur une documentation riche (photographies de prototypes, schémas de réunion, graphiques commentés). On retiendra par exemple la courbe des ventes de LEGO en milliards de couronnes entre 2004 (8 milliards) et 2012 (23,4 milliards) : la crise rencontrée par l’entreprise est visible. L’auteur émet également un jugement de valeur sur la qualité des produits LEGO, notamment lorsqu’il compare trois camions pompier : le premier de 1997, classique mais pas innovant, le suivant de 2001, plus proche d’un vaisseau spatial que d’un camion (le set est représentatif de la période Jack Stone) et enfin le dernier de 2004, réaliste et suffisamment détaillé pour impressionner un enfant de sept ans.

On apprendra également avec plaisir quels ont été les apports de la communauté AFOL à LEGO, notamment dans la mise en œuvre de projets commerciaux : l’attitude parfois ouvertement hautaine de certains cadres et designers à l’égard de ces passionnés ne manquera pas de faire sourciller le lecteur (Everything is Awesome…). C’est d’ailleurs l’aspect positif majeur des travaux de l’auteur : en effet, ce dernier ne cède pas dans l’angélisme car il n’est pas un AFOL mais bien un chercheur. Dès lors, il rapporte un grand nombre de conflits internes qu’il sanctionne sans appel lorsqu’il s’agit de trouver les responsables de la quasi faillite d’une entreprise trop sûre d’elle. D’ailleurs, les anecdotes fusent : de celles d’un vice-président qui frappe du point sur la table vigoureusement pour s’écrier « moi vivant, jamais LEGO ne lancera Star Wars ! » (oui, moi aussi je suis mort de rire…), jusqu’aux pires ratés de la marque (comme l’action figure Galidor ou encore la suppression temporaire de la gamme DUPLO).

Toutefois, les travaux de l’auteur ne sont pas exempts de faiblesses. En premier lieu, l’auteur n’est pas un AFOL. Par conséquent, une fois lus les premiers chapitres sur la chronologie des événements ayant précédés la quasi faillite du groupe et sa renaissance (chapitres 1 à 5), l’intérêt s’émousse et les redites s’accumulent. En effet, dans la mesure où je ne m’intéresse pas outre mesure aux gammes Mindstorm et Bionicles, j’ai terminé l’ouvrage par une lecture en diagonale. Enfin, d’un point de vue méthodologique, on regrettera également l’absence d’une étude du succès des minifigures en sachet individuel (et l’impact de ce produit sur la rentabilité d’un nouveau moule à plastique ABS par exemple), de la conception des jeux vidéo LEGO sur consoles, ou encore des stratégies de commercialisation des licences courtes (l’explication de l’accompagnement d’une sortie au cinéma pour surfer sur les produits dérivés à court terme mérite d’être étoffée).

Conclusion

En somme, s’il ne s’agit certainement pas du livre de chevet de l’AFOL, cette étude mérite néanmoins largement sa place dans une bibliothèque. En effet, bien qu’il ne s’agisse pas d’un AFOL qui écrit pour les AFOLs, ce qui explique le caractère soporifique de la seconde partie, l’auteur ne manque pas d’éveiller l’intérêt du lecteur et montre comment LEGO est passé à peu de chose de la faillite, ce qui nous aurait privé par la même occasion d’une décennie de sets extraordinaires.

Ecrit par Stéphane METZ le Lundi 02 février 2015

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